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Lettre à mon voisin non-musulman

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Par  Ibn Yaqdhan

Je sais, mon voisin, nous ne savons plus, toi comme moi, où donner de la tête. Tu regardes de mon côté et tu découvres un homme fatigué, abattu, meurtri par ce que l’on fait à ses coreligionnaires là-bas, et ce que l’on dit à l’encontre de sa religion ici. De l’autre, je me tourne vers toi et je te trouve horrifié et en colère contre ceux qui radicalisent tes propres enfants et les transforment en armes dirigées contre toi et tes libertés. Pourquoi tout ça ? Qui en est responsable ? Comment y mettre fin ? Nous ne savons rien, et c’est pourquoi nous nous sentons en déroute.

Nos seules communes certitudes : d’une part, des musulmans qui tuent prétendument au nom de l’islam et des non-musulmans qui mettent, ouvertement ou sournoisement, cette abomination criminelle sur le dos de ma religion et donc sur le mien ; d’autre part, des démocraties – amies, alliées et complices des dictatures de là-bas – qui dominent et bombardent au nom des valeurs libérales, et des musulmans qui accusent tes élus de ce néocolonialisme et te tiennent donc pour responsable. Nous sommes ainsi, toi comme moi, coupables des horreurs que nos accusateurs commettent en notre nom. Pour, disent-ils, nous libérer et nous protéger. Ou, plus pompeusement, protéger nos valeurs, islamiques pour les uns, libérales pour les autres.

Oui, mon voisin, ils nous accablent de leurs propres méfaits, et tu sais quoi, ils ont raison de le faire. Car, pendant qu’ils torturent, égorgent et guerroient en notre nom, nous passons notre temps à nous mystifier mutuellement sur les raisons réelles de leurs crimes. Tu m’enjoins de dénoncer, de condamner, de se dissocier de ce que je ne cesse pourtant, depuis maintenant des décennies, de justement dénoncer et condamner. Je te renvoie la balle, en te rappelant l’hypocrisie de tes gouvernants, comme si tu n’étais pas le premier à en souffrir. Au lieu de nous prendre en main, nous voguons et divaguons au grès des manchettes que nous jettent en pâture des amuseurs publics, dénommés journalistes ou experts pour les besoins de la cause.

Toi comme moi, nous comprenons que trop bien que l’on se joue de nous. Nous savons que dans nos indignations, comme dans nos craintes, nous assumons malgré nous notre rôle de marionnettes. Abusés et impuissants. À plaindre, mais sans avoir le droit de nous plaindre. Car, par notre irresponsabilité et notre inaction volontaires, nous sommes notre propre malheur. Et sois-en certain, nous le demeurerons tant et aussi longtemps que nous continuerons à jouer le jeu de ceux qui se plaisent à se jouer de nous. De toi comme de moi, ici comme là-bas.

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