Tuesday , September 26 2017
Download Free FREE High-quality Joomla! Designs • Premium Joomla 3 Templates BIGtheme.net
Accueil / Opinions / Plutôt quel Québec pour la laïcité ?

Plutôt quel Québec pour la laïcité ?

Share
Aziz Djaout

Dans un très long article publié sur trois parties dans le Huffington Post (ici, ici et ici), le professeur Michel Seymour s’interroge encore une fois sur le type de laïcité qui convient pour le Québec.

De manière récurrente, cette question occupe l’opinion publique québécoise depuis au moins la mise en place de la Commission Bouchard-Taylor en 2007. Les réponses qui lui ont été apportées sont également amplement connues. Certaines suggèrent la laïcité dite républicaine, à la française, tandis que d’autres proposent la laïcité dite d’ouverture, qui a davantage court dans les pays anglo-saxons.

Seymour défend, quant à lui, une solution mitoyenne qui emprunte aux deux modèles. Mais on remarque rapidement que cette troisième voie ne fait sens que parce qu’elle amalgame artificiellement deux problèmes qui n’ont en principe rien à voir l’un avec l’autre. À savoir, d’une part, la question centrale du rapport de l’État avec les religions et, d’autre part, celle de l’identité qui vient phagocyter la réflexion sur ce rapport.

Après des années de discussion et de polémique, le débat se poursuit donc. Quel est le secret de cette persistance ? Pourquoi ce thème revient-il ainsi nous hanter à chaque fois ?

La raison est simple. La question de la laïcité est généralement très mal posée au Québec. Comme chez Seymour, elle laisse entendre qu’il y a plusieurs laïcités et que le peuple Québécois pourrait, selon son bon vouloir, choisir l’une d’entre. Il n’y a rien de plus faux que cette supposition.

Quand elle n’est pas dévoyée, comme dans la France d’aujourd’hui, la laïcité revient nécessairement à un régime politique dans lequel l’individu citoyen jouit d’une totale liberté de conscience. Pour ce faire, l’État s’interdit de s’ingérer dans l’organisation des cultes présents sur son territoire tout en leur interdisant en contrepartie de chercher à utiliser l’État pour imposer à autrui leurs lois singulières.

Bien sûr, plusieurs arrangements institutionnels peuvent incarner ce principe. Néanmoins, si l’un d’eux s’en éloigne trop, au point d’en trahir l’esprit, on n’est tout simplement plus dans un régime laïc. Les fossoyeurs peuvent toujours nommer « laïcité » leur modèle traître. Mais cela ne changera rien aux faits. Ce n’est pas parce qu’on donne le nom d’un chat à notre chien qu’il se mettra pour autant à miauler…

Aussi, au lieu de s’interroger sur la laïcité qui convient pour le Québec, comme si un réel choix existait, on devrait plutôt se poser la question inverse, à savoir : quel Québec pour la (vraie) laïcité ?

Ce renversement de perspective permet d’abord de dépasser les polémiques stériles de ces dernières années. Il oblige ensuite à prendre conscience que ce n’est pas la laïcité qui est ouverte ou fermée, mais bien plutôt la société. C’est en effet le degré d’ouverture de cette dernière qui détermine le caractère inclusif ou répressif des institutions politiques que se donne un pays. La véritable laïcité, nécessairement donc d’ouverture, ne peut être construite par et pour une société réactionnaire et réfractaire par rapport au pluralisme religieux et idéologique. Si on veut un véritable État laïc pour le Québec, il nous faut par conséquent se demander si la société québécoise possède les qualités pour pouvoir et vouloir se le donner.

Ainsi posé, le problème nous rapproche enfin de l’autre mauvaise question que l’on soulève souvent ces derniers temps de manière rhétorique dans le but de faire taire toute critique exprimée par les groupes racisés. À savoir si le Québec est raciste ou pas.

Or, si on évite d’aborder cette dernière question de manière idéologique, on peut s’entendre sur le fait que le Québec est actuellement à la croisée des chemins, travaillé par des forces contradictoires, dont certaines sont progressistes et d’autres, foncièrement réactionnaires et racistes.

C’est l’issue de ce bras de fer qui décidera, non pas de ce qu’est présentement le Québec, mais de ce qu’il adviendra de lui dans les prochaines années. Et c’est ce devenir qui scellera à son tour définitivement le destin de la laïcité québécoise. Elle sera par définition ouverte ou elle ne sera tout simplement pas.

Share
Aziz Djaout

About Aziz Djaout

Check Also

A-t-on besoin d’une pétition pour condamner l’islamophobie?

Le 7 octobre dernier, une motion condamnant l’islamophobie a été présentée à la Chambre des …

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *