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Lettre ouverte à une mosquée

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Aziz Djaout

Ma très chère mosquée,

Je t’adresse ces quelques mots dans l’espoir de te consoler.

Après t’avoir stigmatisée – comme nid de fanatiques et pépinière pour radicaux – voilà maintenant qu’on te profane et qu’on t’agresse à répétition.

Je ressens ta douleur et ta tristesse. Je les ressens au plus profond de moi-même. Car elles sont aussi les miens.

Je sais aussi que le mal que tu ressens présentement est décuplé parce que tu ne comprends pas pourquoi. Pourquoi cette haine ? Pourquoi envers toi ? Pourquoi toi, un lieu de prière et de recueillement ?

Ils disent : parce que, en ton sein, tu enseignes aussi la Voie (la charia). Que tu prêches donc un islam qu’ils n’aiment pas. Un islam contraire à leurs Lumières, ennemi de leur modernité, antithèse de leurs valeurs. Bref, un islam qui n’est pas leur islam.

Ils t’accusent donc – eux qui ne te fréquentent pourtant jamais – de n’être pas assez progressiste. Que tu es, contrairement à eux, rétrograde, sexiste, homophobe et dangereuse. Que tu mérites donc qu’ils te fassent mal et qu’ils t’agressent, disent-ils, pour te réformer à leur image.

Pourtant, tu es déjà à leur image.

Comme eux, tu n’es pas parfaite. Comme eux, l’idéal que tu enseignes tu essaies tant bien que mal de le réaliser dans la concrétude de ton quotidien. Comme eux, tu t’efforces d’être fidèle à ton chemin, avec des fidèles qui ne le comprennent pas toujours ou pas toujours bien.

Comme eux aussi, avec leurs valeurs, leurs églises, leurs synagogues, leurs temples, leurs écoles, leurs universités, leurs usines, leurs partis, leurs parlements, leurs médias et leurs réseaux sociaux, tu honores parfois tes idéaux et parfois tu fais de ton mieux sans y arriver. Il t’arrive aussi que tu oublies ou que tu te trompes, car tu es humaine, comme eux, toi qui es aussi demeure de Dieu et sanctuaire de ma foi.

Malgré tes défauts – qui sont en fait les miennes – et tes modestes moyens, tu nous offres toujours ce que tu as de mieux à offrir. Un endroit pour connaître Dieu et L’adorer. Un petit coin pour pleurer parfois notre destin et plus souvent nos manquements. À chaque fois, tu écoutes sans juger le récit de nos faiblesses et tu murmures Sa miséricorde et Son pardon. Par ta présence, tu nous rappelles qu’Il est là. Qu’il sera toujours là. Pour nous.

Tu es aussi un formidable espace de fraternisation et de sociabilité pour celles et ceux qui te fréquentent. Celles et ceux qui, après une prière, lors d’une rencontre hebdomadaire ou à l’occasion d’un évènement spécial, se retrouvent comme pour remplacer les uns pour les autres les grandes familles qu’ils ont laissées là-bas, dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, je ne peux imaginer l’enfer qu’auront été nos vies d’exil sans toi.

Pour tout cela, et pour bien d’autres choses, je te suis, ma très chère mosquée, à jamais reconnaissant.

Mais je ne peux te mentir. Au moins pour un temps, tu demeureras leur cible et tu continueras à subir leurs coups et leurs indignités. Et nous ne pourrons certainement pas te protéger. C’est même probablement toi qui le feras, comme tu as toujours su si bien le faire. En nous protégeant de nous-mêmes par le rappel de notre prophète nous invitant, par ses paroles et son exemple, à la patience et au pardon. En récitant aussi les versets du Noble Coran conseillant ces mêmes valeurs en rajoutant qu’il faut repousser le mal par le bien, de s’en remettre à Lui et d’espérer le meilleur pour nous et pour autrui.

Mais là aussi, au risque de te décevoir, je dois t’avouer que, personnellement, je ne peux pardonner. En tout cas, pas maintenant. Pas au risque d’encourager tes agresseurs et les silences complices qui trop souvent les accompagnent. Je te promets seulement que je serai encore là les prochaines fois pour accueillir tes larmes qui sauront peut-être adoucir mon cœur et lui donner la force de ce pardon qu’est le summum de ta Voie.

En attendant, que la Paix soit sur toi. Aujourd’hui, demain et éternellement.

 

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